L’analyse des différences entre le Québec et la Pennsylvanie des professeurs Bernard et Gonzales sur les gaz de schiste (Le Devoir, édition du 7 décembre) garde sous silence le fait que c’est grâce à la Pennsylvanie et à l’État de New-York si le Québec a pu se défendre avec tant d’ardeurs, et ce, depuis les tous débuts. Si ce sont les nombreux échanges de courriels et de documents entre groupes citoyens et environnementaux (que nous avons traduits ou écrits en français au Québec) qui ont permis à la France de réagir avec célérité pour contrôler son territoire, c’est grâce à des militantes de Pennsylvanie et de New-York que l’AQLPA a pu prendre connaissance des nombreux problèmes liés à la fracturation et relayer l’information. Au Québec, Ruth Lapierre et Johanne Dion ont été des pionnières en faisant part de leurs inquiétudes dès 2008, entre autres dans le livre de Maîtres chez nous XXIe siècle mais sur les réseaux sociaux également. Celles-ci continuent de relayer l’information quotidiennement sur la situation aux États-Unis, grâce à une revue de presse, des traductions et des commentaires qui nourrissent le débat québécois. Elles seraient sans doute les premières à questionner la prémisse des professeurs Bernard et Gonzales à l’effet que les Québécoises et Québécois se défendent plus fort que les gens de la Pennsylvanie, étant donné le nombre d’initiatives prises là-bas pour faire reculer l’industrie. Cette affirmation semble non fondée.
Par ailleurs, l’argumentation des professeurs à l’effet qu’au Québec, on ne veut pas de gaz de schiste en raison d’une différence de rentabilité personnelle est excessivement réducteur et ne tient pas compte de tous les arguments environnementaux – et économiques (ex: impacts sur les activités touristiques et la villégiature) qui sont régulièrement rappelés dans les médias et les conférences.
La comparaison avec l’histoire est également boîteuse puisque la réglementation énergétique de la Pennsylvanie en est une du pis-aller, dans un État dominé par la production de charbon et de nucléaire: de plus, des articles quasi-quotidiens font mention des nombreuses lacunes législatives et du faible recours des victimes des énergies fossiles. De même, il est fallacieux de comparer la situation en Pennsylvanie avec celle du Québec sur les choix énergétiques, le peuple Québecois s’étant prononcé contre le nucléaire et pour l’efficacité énergétique de façon très claire lors du Sommet de 1995 sur l’énergie (donc contre les nouveaux barrages et la réfection de Gentilly II). Les professeurs confondent ce que veulent les Québécoises et Québécois avec ce qu’on essaie de leur rentrer dans la gorge de force. De plus, leur condescendance face aux gens qui sont aux prises localement avec les gaz de schiste est insultante: “cela déplaît aux villégiateurs et aux retraités qui prisent cette région rurale mais proche de la ville, particulièrement le long du Richelieu.” Le Québec a eu l’intelligence de réglementer les usages industriels en dehors des zones rurales pour des raisons de santé, de sécurité et d’économie évidentes; le gaz de schiste fait fi de cette sagesse pourtant élémentaire.
De façon générale, tant pour ce qui est de la Pennsylvanie que du Québec, les deux professeurs minimisent grandement l’impact dévastateur de cette industrie sur les milieux ruraux. Il s’agit d’une approche purement “clinique” qui est totalement déconnectée des réalités terrain très préoccupantes, comme l’ont si bien démontré les groupes citoyens et environnementaux. D’ici et de là-bas.
Kim Cornelissen, propriétaire de Bebop et cie
Vice-présidente de l’AQLPA
Je vous suis très reconnaissant d’avoir commenté l’analyse des professeurs Bernard et Gonzales qui apparaissent bien déconnectés de la réalité de terrain, tant au Québec que chez nos voisins du Sud. Que ces deux personnes soient allées récemment en Pennsylvanie me surprendrait. S’ils l’avaient fait avec la détermination d’étudier le dossier en profondeur, ils auraient rencontré, dans les comtés touchés par l’industrie du gaz, des personnes prises dans la tourmente, ruinées, affectées par les intoxications. Ils auraient vu de nombreux sites d’exploitation du gaz en bordure de route, en pleine ville, à proximité d’écoles, de garderies, de cimetières. D’autre part, les Terres basses du Saint-Laurent sont des terres, très riches, vouées à l’agriculture, à l’élevage, aux productions agro-alimentaires. L’activité rurale participe de manière très importante à l’économie du Québec. Ce n’est pas négligeable et ce n’est pas comparable à la Pennsylvanie. Les professeurs survolent tous ces avec légèreté et contribuent par leur manière de discourir à discréditer le savoir critique, crédible et utile au débat public. Un étudiant ferait aisément beaucoup mieux.